Hiver 2025

Temps de lecture :

10–15 minutes

Edito


Par : Lisa K.

Dit-on “église” ou “Eglise” ? En français, le terme église en minuscule indique un lieu, un bâtiment de culte (“l’église de Notre Dame a été rénovée”). Mais c’est l’Eglise qui nous intéresse en particulier. Le terme utilisé en grec est ekklesia, dérivé des termes “ek” (hors de) et “kaleō (appeler), donc littéralement “appeler hors de”. Dans la Bible, il est traduit le plus souvent par “Eglise” mais aussi par “assemblée”.  

Dans la culture grecque, le terme indiquait une réunion de citoyens appelés à venir pour délibérer ou prendre des décisions. Dans le Nouveau Testament, c’est Jésus qui utilise le terme en premier lorsqu’il indique à Pierre qu’il bâtira son Eglise sur ce roc en Matthieu 16. Le terme est ainsi adapté pour indiquer des moments de rassemblement des chrétiens (par exemple en 1 Cor 11:18 ou 1 Cor 14), des communautés de chrétiens dans une ville ou un lieu donné (Col 4:15, 1 Thess 1:1 et 2:14) et aussi l’Eglise dans son sens le plus large, c’est-à-dire le corps tout entier de chrétiens pour lequel Christ s’est donné et auquel il nous a appelé (Eph 5:25-32). 

Par : Louis L.

Comment lire un récit historique dans la Bible ? D’abord, quand on dit “récit historique”, de quoi parle-t-on ?

Exode raconte l’histoire de Moïse et de la sortie d’Égypte, mais on trouve aussi de la poésie (Ex 15) ou des textes de loi (Ex 21-31). En fait, dans le Pentateuque, beaucoup de genres littéraires sont souvent mélangés. Certains livres sont principalement dans le genre historique : Rois ou Chroniques par exemple. Dans le Nouveau Testament, on pense surtout au livre des Actes et aux évangiles.

Il y a cependant une erreur à éviter quand on lit un texte dans le genre historique. Cette erreur provient de nos a priori modernes sur la notion de ce qui est “historique”. On ne se rend pas toujours compte de notre biais de modernité. Aujourd’hui, parler d’histoire sous-entend une certaine objectivité scientifique. On pense à des dates précises, à l’idée de “preuve” ou à l’archéologie. Histoire et interprétation de l’histoire doivent souvent être séparées.

Mais dans la Bible, l’histoire ne cherche pas l’objectivité, bien au contraire ! L’histoire biblique est toujours une histoire engagée, une histoire qui a un but et une histoire qui enseigne. C’est l’histoire de Dieu.

Pour illustrer ce principe, prenons trois exemples rapidement :

  1. En Juges, il est mentionné plusieurs fois que les Israélites firent ce qui déplaisait aux yeux de Dieu (Jg 6:1 par exemple). Ceci est bien une interprétation de ce qu’il s’est passé, et doit être lu, non par curiosité historique, mais pour en tirer un enseignement.
  2. Marc 1:1, le texte annonce clairement qu’il va présenter la bonne nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu. L’évangile selon Marc n’est pas un manuel d’histoire parlant de Jésus de Nazareth, mais bien plus que ça ! C’est la présentation de la bonne nouvelle !
  3. Actes 15 présente une réunion où une décision a été prise. L’auteur a fait une sélection de détails à présenter et d’autres à omettre pour mettre en avant la direction de l’Esprit Saint et l’unité de l’Église ! (On peut comparer avec Gal 2:1-10 pour le même épisode raconté d’un point de vue différent.)

Je vous propose donc trois choses à retenir lorsqu’on lit des récits historiques dans la Bible :

  • Les récits historiques dans la Bible pointent toujours vers l’histoire générale de la relation de Dieu avec son peuple et cette histoire générale n’a de sens que par l’événement central : la venue de Jésus-Christ.
  • Les histoires dans la Bible sont souvent pleines de sagesse et d’instructions, mais chaque anecdote n’a pas forcément de valeur morale ou théologique ! Si Gédéon a demandé à Dieu de mouiller la toison par la rosée (Jg 6), cela ne veut pas dire que nous devons faire de même pour tester Dieu !
  • Attention à ne pas sur-interpréter ou même allégoriser un passage qui n’est qu’un épisode d’un récit historique ! Dieu peut nous toucher personnellement par l’interprétation d’un passage, mais cela ne veut pas forcément dire que cette interprétation a une valeur universelle.

Bonne lecture !

Par : Christian A., avec le concours de ChatGPT

Les anabaptistes, mouvement radical né au XVIe siècle au cœur de la Réforme protestante, ont restauré le baptême des adultes, rejetant celui des enfants pour revenir à une Église fidèle aux Écritures. Issus de la réforme menée par Ulrich Zwingli à Zurich, ils se sont démarqués par des convictions radicales : une Église indépendante de l’État, composée uniquement de croyants adultes, et un engagement envers la non-violence.

Le mouvement a officiellement vu le jour en janvier 1525 (il y a très exactement 500 ans!) lorsque Conrad Grebel, Felix Manz et George Blaurock se baptisèrent entre eux, défiant l’Église d’État et Zwingli, qui, sous pression des autorités, maintenait le baptême infantile. Ce geste marqua une rupture avec les réformateurs traditionnels et engendra de violentes persécutions. À Zurich, Felix Manz devint en 1527 le premier martyr anabaptiste, exécuté par noyade. Les persécutions s’intensifièrent dans toute l’Europe : des milliers furent emprisonnés, torturés ou tués.

Malgré cette répression, le mouvement se répandit, donnant naissance à des communautés comme les mennonites et les amish. Leur influence, particulièrement sur la question du baptême des adultes, s’étendit également au baptisme anglais du XVIIe siècle et, plus tard, au mouvement de la Restauration aux États-Unis, dont sont issues les Églises du Christ dont nous faisons partie. Les anabaptistes ont légué au christianisme des convictions essentielles sur le baptême des croyants, la séparation Église-État et l’engagement envers Jésus, laissant un héritage de foi exemplaire malgré les persécutions subies.

Pour plus de détails, n’hésitez pas à lire une version plus complète : L’histoire des anabaptistes.

Par : Louis L.

Quand on vous demande où se trouve votre église, que dites-vous ?   
L’Église est-elle plutôt quand on est dans un grand lieu ou bien quand on est en petits groupes ?   

Certes l’Église est partout où se réunissent les chrétiens, mais dans la pratique, on peut être tenté de voir un de ces deux types de dimanche comme plus important que l’autre.   
Est-ce le cas ?   

D’un côté, l’Assemblée Chrétienne de Paris peut être perçu comme un organisme qui a plus de poids. Je suis membre de l’association ACP, donc membre officiel de cette église. Si on me demande où se situe mon église, je vais avoir tendance à dire Nanterre, car c’est plus simple à expliquer que de dire “parfois on se réunit ici et parfois là”. De plus, dans la vie courante, le mot “église” désigne surtout le bâtiment, donc un lieu fixe. Et on voit des églises partout. L’idée d’une église comme un seul lieu réunissant l’ensemble des disciples de l’ACP est plus facile à considérer et à accepter. De ce point de vue-là, on va avoir tendance à mettre plus d’importance sur les cultes tous ensemble. De plus, ces cultes sont retransmis, enregistrés, et avec une organisation bien établie. Enfin, la louange et le fait d’être un grand nombre participent à une grande communion ensemble.   

D’un autre côté, nous avons les églises “maisons”, qui peuvent sembler avoir moins de poids ou bien être moins organisées. Mais sommes-nous pour autant moins “église” dans ces moments-là ? Considérons ce que dit Paul aux Corinthiens :   

“Ainsi, mes frères, lorsque vous vous réunissez pour le repas, attendez-vous les uns les autres.” (1 Co 11:33) et “Que faire alors, mes frères ? Lorsque vous vous réunissez, chacun ayant un cantique, un enseignement, une révélation, une langue, une interprétation, que tout soit constructif.” (1 Co 14:26). 

On peut remarquer que cela s’appliquerait plutôt à des réunions de moins de 50 personnes que de 200 personnes ! 
On peut supposer qu’à Corinthe ils se réunissaient dans les maisons, autour d’un repas, chaque dimanche. L’apôtre exhorte aussi chacun à être prêt à apporter une parole. Ces instructions sous-entendent plutôt une organisation en église-maison, ce qui était le plus commun au tout début du christianisme. En Actes 2 on lit : 

“Chaque jour, ils étaient assidus au temple, d’un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur” (Ac 2:46) 

Ils étaient assidus au temple, mais ce temple était l’unique temple de Jérusalem qui était réservé aux juifs et qui a été détruit en 70 ! L’organisation a vite évoluée mais ce qui demeure important est leur exemple de se retrouver pour rompre le pain ensemble avec allégresse ! 

L’organisation d’une église n’est pas une notion très simple, mais nous avons la chance à l’ACP de pouvoir profiter de deux formes de culte, et les cultes en maison permettent une participation plus active et une communion plus familiale. Alors “n’abandonnons-pas notre assemblée” (Heb 10:25) ! 

Par : Brad K.

Émile Durkheim, sociologue français né en 1850, a fait une étude approfondie de la religion en société et a donné une définition qui est souvent citée :  

Nous arrivons donc à la définition suivante : Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent. Le second élément qui prend ainsi place dans notre définition n’est pas moins essentiel que le premier ; car, en montrant que l’idée de religion est inséparable de l’idée d’Église, il fait pressentir que la religion doit être une chose éminemment collective.1

Cette définition nous pousse à nous poser des questions et notamment de quelle façon l’église se distingue-t-elle des associations culturelles, humanitaires ou sportives et quelles sont ses pratiques ? 

La société admet que dans une communauté nous trouvons l’encouragement et l’entraide, ainsi que l’apprentissage et la stabilité des liens sociaux. Un sentiment de bien-être et d’appartenance contribuent à notre santé physique et spirituelle. Les sociologues constatent les bienfaits des communautés et des associations, mais Dieu n’a pas eu besoin des sociologues pour s’en rendre compte. Il a prévu que les chrétiens forment une communauté qui vit dans le monde mais ne se comporte pas comme le monde. Les pratiques collectives des chrétiens doivent nous aider à vivre la vie que Dieu souhaite pour nous.   

Décrit dans la Bible comme un corps, l’Eglise est la communauté des croyants qui s’unissent dans le but de se soumettre à Dieu et de faire sa volonté. Les disciplines collectives chrétiennes selon Richard Foster2 sont la confession, le culte, l’apprentissage et la célébration. La louange de Dieu lors de nos assemblées, la confession des uns aux autres (Jacques 5:16) sont des éléments essentiels. Nous y apprenons à prendre de bonnes décisions pour notre avenir en s’imitant les uns les autres (Hébreux 13:7). Les moments ensembles devraient surtout être des moments joyeux, plein de reconnaissance pour les bénédictions de Dieu et de nos relations ensembles. L’appel de l’épitre aux Romains 12:15 «Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent» nous apprend que l’église devrait être l’endroit où trouver du soutien dans les moments difficiles de nos vies. Hébreux 10:25 nous incite à ne pas abandonner nos moments collectifs pour ne pas en perdre les avantages.   

L’Eglise diffère dramatiquement d’autres communautés dans son but d’aider les membres à devenir comme Jésus, de s’accepter comme Dieu nous accepte, de montrer son amour dans le monde et d’avoir l’appui du Saint Esprit pour réussir. Dieu attend un engagement entier de notre personne dans sa communauté.  

C’est à nous de réfléchir à ce que nous pouvons apporter à la communauté à travers notre participation. La communauté des chrétiens est appelée par Jésus à être dans le monde mais pas du monde en Jean 15:18-21 et par Paul à ne pas se conformer au monde mais d’être transformé en Romains 12:2. Apprécions à sa grande valeur la communauté qu’est l’Église de Dieu.  

  1. Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse  ↩︎
  2. Richard Foster, Celebration of Discipline  ↩︎

Revue
De la vie communautaire de Dietrich Bonhoeffer

Par : Ann K.

Inspiré par une expérience de vie communautaire dans un séminaire, ce petit livre évoque la vie monastique avec parfois des instructions prescriptives (chapitres 2 et 3). Cela dit, la persévérance dans la lecture et la relecture est récompensée par les réflexions inspirantes, profondes et défiantes telles que « La présence corporelle d’autres chrétiens est pour le croyant une source incomparable de joie et de réconfort » (p. 24) ou « La croix de Jésus Christ anéantit tout orgueil » (p. 98). Bonhoeffer explique comment la mise en pratique de la célébration, la prière, les chants, la solitude, la méditation, l’écoute et la confession des péchés à un être humain, entre autres, sont essentielles dans une communauté de chrétiens afin de nous aider à refléter Jésus Christ au monde dans lequel nous vivons.

Auteur
Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) était un pasteur luthérien, théologien et résistant au nazisme. Il a renoncé à la sécurité lors de ses voyages en Angleterre et aux Etats-Unis afin de continuer à œuvrer pour l’évangile en l’Allemagne nazi, où il a été arrêté en 1944 et exécuté en avril 1945. Parmi une dizaine d’écrits, De la vie communautaire et Vivre en disciple : le prix de la grâce sont les plus influents. 

Enseignements
Vous connaissiez peut-être déjà la chaîne YouTube de Louis @aloutheia, mais connaissez-vous son compte instagram et sa nouvelle newsletter ? Si vous êtes à la recherche de vulgarisation théologique, inscrivez-vous pour recevoir par mail un article par mois et un commentaire biblique par semaine. Il commence l’année avec une étude de 2 Corinthiens ! Et suivez-le sur insta pour des vidéos condensées. 

Site web
Le BibleProject est une excellente ressource, connue pour ses synthèses visuelles et pédagogiques de chacun des livres de la Bible. De nouvelles ressources continuent d’être produites et traduites en français, incluant des études de mots, des études de chapitres plus détaillées, des thèmes bibliques et d’autres. 

Site web
Vous le connaissez probablement mais il nous paraissait intéressant de citer le site Lire la Bible de l’Alliance Biblique Française. Vous pouvez visionnez plusieurs traductions de la Bible en parallèle (toujours utile lorsqu’on fait une étude approfondie) et quelques langues (avec même le livre de Matthieu en corse, en breton et en provençal !). Le site contient d’autres ressources comme un recensement de toutes les personnes dans la Bible et des plans de lecture.